Tester, isoler, calculer avant de changer les radiateurs

Pompe à chaleur

Pompe à chaleur maison ancienne : changer les radiateurs ?

Passer à la pompe à chaleur dans une maison des années 70-80 ne veut pas dire changer tous les radiateurs. Test des 55 °C, calcul des déperditions, facteur de puissance à basse température, isolation prioritaire et exemple chiffré.

· 11 min de lecture · L'équipe technique VCN Energy

Dans une maison belge des années 70-80, il ne faut pas forcément changer tous les radiateurs pour passer à la pompe à chaleur. Les installations d'origine étaient prévues pour de l'eau à 70-90 °C, souvent avec de la marge : si la maison a été un peu isolée depuis, une bonne partie des radiateurs suffit à 50-55 °C. La bonne démarche : isoler la toiture et les fuites d'air, faire le « test des 55 °C » cet hiver, calculer les déperditions pièce par pièce, puis remplacer seulement les radiateurs trop petits.

Pourquoi la température de départ décide de tout

La température de départ est celle de l'eau qui quitte le générateur vers les radiateurs. Dans une maison des années 70-80, la chaudière d'origine travaillait typiquement entre 70 et 90 °C, le régime des radiateurs conventionnels selon Energie+, le portail technique de l'UCLouvain et du SPW Énergie.

Une PAC air-eau puise la chaleur dans l'air extérieur et doit la « remonter » jusqu'à la température de l'eau : plus l'écart est grand, plus le compresseur consomme.

Le règlement délégué (UE) n° 811/2013 sur l'étiquetage énergétique fixe d'ailleurs deux points de référence : l'application basse température (eau à 35 °C) et l'application moyenne température (eau à 55 °C). Chaque fiche produit de PAC affiche donc deux rendements saisonniers.

Courbe du rendement saisonnier d'une PAC air-eau : 4,56 à 35 °C, environ 3,9 à 45 °C, 3,35 à 55 °C
Rendement d'une PAC air-eau de 8 kW selon la température de l'eau (données fabricant, climat moyen)

COP et SCOP : lire correctement une fiche technique

Le COP est un rendement instantané mesuré dans des conditions précises, par exemple A7/W35 (7 °C dehors, eau à 35 °C). Le SCOP est un rendement moyen sur la saison, plus proche de votre facture. Exemple d'un catalogue fabricant (Daikin Altherma 3 R, 8 kW, climat moyen) :

Température de départSCOPClasse énergétiqueCOP à 7 °C extérieur
35 °C (sol chauffant, grands radiateurs)4,56A+++4,60
45 °C (radiateurs basse température)≈ 3,9 (interpolation)
55 °C (radiateurs existants)3,35A++3,50

À 55 °C, la même chaleur demande donc environ 36 % d'électricité en plus qu'à 35 °C avec cet appareil (la valeur à 45 °C est une estimation, pas une donnée catalogue). Comparez toujours les offres à la même température de départ.

Le test des 55 °C : vos radiateurs suffisent-ils déjà ?

Le principe, popularisé aux Pays-Bas par l'organisme public Milieu Centraal et repris en Belgique par plusieurs fabricants : faire tourner la chaudière actuelle à basse température pendant une période froide et observer le confort.

Ces campagnes parlent de « test des 50 degrés ». Nous conseillons de commencer à 55 °C, le point « moyenne température » de l'étiquette européenne et le plafond de la prime PAC flamande, puis de refaire l'essai à 50 °C si tout va bien.

Protocole du test des 55 °C en cinq étapes, de la préparation à l'interprétation
Le test des 55 °C en 5 étapes
  1. Préparez. Notez les réglages actuels de la chaudière, purgez les radiateurs et ouvrez complètement les vannes thermostatiques des pièces chauffées.
  2. Réglez. Limitez la température de départ du chauffage à 55 °C (ou abaissez la courbe de chauffe pour ne jamais dépasser 55 °C). Ne touchez pas au réglage de l'eau chaude sanitaire.
  3. Lissez. Limitez l'écart jour/nuit du thermostat à 2 °C (par exemple 20 °C le jour, 18 °C la nuit), comme le recommande Milieu Centraal : à basse température, la relance du matin est plus lente.
  4. Observez. Par temps froid, notez chaque jour la température de chaque pièce, le temps de montée le matin et les pièces qui restent fraîches.
  5. Interprétez. Confort partout : la basse température est jouable. Une ou deux pièces froides : ces radiateurs sont à agrandir ou remplacer. Froid général : isolez d'abord, ou envisagez l'hybride.

Au gaz, Milieu Centraal suggère aussi de relever le compteur à 24 heures d'intervalle un jour à −5 °C ou moins : les m³ convertis en kWh (facteur indiqué sur la facture) puis divisés par 24 donnent un ordre de grandeur de la puissance nécessaire.

4. PAC & Radiateurs existants — Buildwise · Voir sur YouTube

Déperditions et puissance des radiateurs : le calcul qui tranche

Le test donne une tendance, le calcul donne la réponse. Buildwise (ex-CSTC) recommande de calculer la charge thermique pièce par pièce selon la norme NBN EN 12831-1 et son annexe nationale belge de 2020, par exemple avec son outil HeatLoad.

Buildwise déconseille deux raccourcis : les tables en W/m² et l'estimation des déperditions d'après les radiateurs existants, généralement surdimensionnés. Le calcul part des parois, des fenêtres, de l'étanchéité à l'air et de la température extérieure de base (−8 °C dans les exemples de Bruxelles Environnement).

Le facteur de puissance à basse température

La puissance catalogue d'un radiateur est mesurée selon la norme EN 442, en régime 75/65 °C pour une pièce à 20 °C. Ce qui compte, c'est l'écart ΔT entre la température moyenne de l'eau et la pièce : la puissance varie selon (ΔT réel / ΔT nominal) à la puissance n, avec n ≈ 1,3 pour la plupart des radiateurs.

Puissance d'un radiateur selon le régime d'eau : 126 % en 90/70, 100 % en 75/65, 51 % en 55/45, 30 % en 45/35
Puissance d'un radiateur selon le régime de température (pièce à 20 °C, n = 1,3)
Régime (départ/retour)ΔT moyen (pièce à 20 °C)Puissance vs catalogue 75/65Radiateur « 1 000 W »
90/70 °C (installation d'origine)≈ 59 K126 %≈ 1 260 W
75/65 °C (référence EN 442)≈ 50 K100 %1 000 W
55/45 °C≈ 30 K51 %≈ 510 W
50/40 °C≈ 25 K40 %≈ 400 W
45/35 °C≈ 20 K30 %≈ 300 W

Calculs VCN Energy selon la méthode EN 442 (écart logarithmique, n = 1,3). Buildwise résume la même réalité : à basse température, un radiateur de même taille fournit environ trois fois moins de puissance qu'à haute température.

Un radiateur choisi pour 90/70 °C ne garde donc qu'environ 41 % de sa puissance d'origine en 55/45 °C. Mais les besoins ont souvent baissé depuis (double vitrage, toiture isolée) et l'installation était rarement calculée au plus juste : c'est cette double marge que le calcul vérifie.

L'hydraulique compte aussi : une PAC travaille souvent avec un écart départ-retour de 5 K et, rappelle Buildwise, un ΔT réduit impose un débit plus élevé. Tuyaux, circulateur et équilibrage sont à contrôler ; dans un circuit de 40 ans, un désembouage avant raccordement est une bonne assurance.

Quels radiateurs garder, lesquels remplacer ?

  • À garder en général : les radiateurs acier à panneaux larges (types 22 ou 33) et les grands radiateurs en fonte, si le calcul confirme qu'ils couvrent la pièce.
  • À remplacer ou compléter : les radiateurs trop courts du séjour (grandes baies) et ceux des salles de bains, calculées pour 24 °C.
  • Radiateurs basse température : conçus pour émettre à 45-55 °C ; Bruxelles Environnement les définissait, pour ses primes, comme fonctionnant au maximum en 55/45 °C. Voir notre page radiateurs basse température.
  • Ventilo-convecteurs : un ventilateur force l'échange, d'où un appareil compact à basse température, parfois capable de rafraîchir l'été. Un fabricant les chiffre à environ 900 à 1 400 € par pièce, TVA comprise.
  • Accélérateurs (« boosters ») : selon Energie+, ils compensent de façon réaliste une baisse de 10 à 15 °C du régime, pas davantage.

Isolation : par quoi commencer ?

Chaque kW de déperdition en moins réduit la puissance de PAC et la température de départ nécessaires ; c'est souvent plus rentable que de changer tous les radiateurs.

Homegrade, le centre de conseil bruxellois, recommande de « commencer par le haut » : les pertes sont les plus fortes en toiture. Viennent ensuite les murs (près d'un quart des pertes), le plancher sur cave (environ 15 %), puis les fenêtres et la ventilation.

Ordre des travaux : audit, toiture, étanchéité et fenêtres, murs et sol, test des 55 °C et radiateurs, puis PAC
Ordre logique des travaux avant une pompe à chaleur
  1. Audit et calcul des déperditions : en Wallonie, l'audit préalable conditionne les aides dès le 1er octobre 2026 (voir audit énergétique PEB).
  2. Toiture ou plancher du grenier.
  3. Étanchéité à l'air et fenêtres, avec une ventilation correcte.
  4. Murs creux et plafond de cave, si c'est faisable.
  5. Test des 55 °C, puis remplacement ciblé des radiateurs.
  6. PAC dimensionnée sur les nouvelles déperditions.

PAC basse température, haute température ou hybride ?

SolutionTempérature de départQuand c'est pertinentPoints d'attention
PAC air-eau basse température35 à 55 °CMaison isolée, radiateurs suffisants ou en partie remplacésMeilleure efficacité ; exige une étude des déperditions
PAC air-eau haute température60-70 °C, 70-75 °C pour certaines au propane (R290)Radiateurs impossibles à changer, isolation limitéeRendement nettement plus bas ; Energie+ situe la limite raisonnable vers 50 °C
PAC hybride (PAC + chaudière)PAC à basse température, chaudière en pointeMaison pas encore prête, travaux étalésDeux appareils à entretenir ; étape de transition

Pour l'hybride, Energie+ indique qu'une PAC couvrant environ 30 % de la puissance maximale assure environ 70 % des besoins annuels, et environ 90 % à 60 % de la puissance, la chaudière couvrant le solde. Le plan d'action flamand sur les pompes à chaleur y voit une mesure de transition. Détails : pompe à chaleur hybride et pompe à chaleur air-eau.

Les erreurs de dimensionnement les plus fréquentes

  1. Recopier la puissance de l'ancienne chaudière. Bruxelles Environnement le rappelle : une PAC trop puissante ne fonctionne pas de manière optimale (cycles courts, usure, surcoût).
  2. Dimensionner au W/m² ou d'après les radiateurs, ce que Buildwise déconseille explicitement.
  3. Dimensionner avant d'isoler : isolez la toiture l'année suivante, et la PAC devient trop grosse.
  4. Oublier l'hydraulique : débit insuffisant ou circuit embouché, la puissance n'arrive pas aux radiateurs.
  5. Garder les habitudes de la chaudière : fortes baisses de nuit, courbe de chauffe mal réglée.
  6. Négliger l'eau chaude sanitaire : le ballon et sa priorité pèsent dans le choix de la puissance.

Exemple chiffré : une 4 façades de 1978 en Brabant wallon

Exemple illustratif : des fourchettes plausibles, pas le résultat d'une étude. Seul un calcul NBN EN 12831 sur votre maison fait foi.

La maison : 150 m² chauffés, murs creux vides, double vitrage des années 90, 6 cm de laine en toiture, chaudière mazout de 29 kW, radiateurs acier d'origine totalisant 20 à 22 kW en 90/70 °C.

Avant travauxAprès toiture, étanchéité et murs creux
Déperditions à la température de base14 à 16 kW8 à 10 kW
Radiateurs existants en 55/45 °C (≈ 41 % du 90/70)8 à 9 kW8 à 9 kW
Test des 55 °CÉchec par grand froidConfort presque partout
Radiateurs à changerUne majorité2 ou 3 (séjour, salle de bain)
SolutionHybride (PAC 4 à 6 kW + chaudière)PAC air-eau 8 à 10 kW

Avec un besoin de chaleur de 12 000 à 15 000 kWh par an après travaux, un SCOP de 3,35 (départ 55 °C) donne environ 3 600 à 4 500 kWh d'électricité par an ; un SCOP de 4,56 (départ 35 °C), environ 2 600 à 3 300 kWh. Descendre en température fait gagner plusieurs centaines de kWh par an.

Pour le budget, Bruxelles Environnement indiquait en 2025 de 7 000 à 11 000 € pour une PAC air-eau sans eau chaude sanitaire, et de 8 000 à 13 000 € avec, pour 120 m². Voir notre guide prix d'installation d'une pompe à chaleur et le prix de l'électricité pour une PAC.

Primes et aides : où en est-on en septembre 2026 ?

L'essentiel au 23 septembre 2026 ; les montants sont détaillés dans notre guide primes pompe à chaleur en Belgique.

  • Wallonie : le régime des Primes Habitation se termine le 30 septembre 2026 (travaux terminés et demande introduite avant cette date). Dès le 1er octobre 2026, Rénopack (prêt à 0 % avec réduction du montant à rembourser) et Rénoprêt prennent le relais, avec audit préalable obligatoire et priorité aux logements PEB E, F et G.
  • Bruxelles : les primes Renolution sont suspendues, sans décision gouvernementale sur de nouvelles aides.
  • Flandre : la Mijn VerbouwPremie pour PAC existe toujours, avec des montants réduits depuis le 1er mars 2026 pour les revenus les plus élevés, une température d'émission de 55 °C maximum et un installateur certifié RESCert.
  • TVA : pour une maison de plus de 10 ans, les travaux de rénovation relèvent en principe du taux de 6 % sous conditions ; le taux temporaire de 6 % 2026-2030 vise les logements de moins de 10 ans.

Notre avis de chauffagiste

La vraie question n'est pas « faut-il changer les radiateurs ? » mais « à quelle température ma maison peut-elle être chauffée ? ». Isolez d'abord ce qui est simple, testez à 55 °C cet hiver, faites calculer les déperditions, puis remplacez seulement les radiateurs qui bloquent.

VCN Energy réalise cette étude et l'installation en Brabant wallon, à Bruxelles et en Wallonie : réservez en ligne, appelez le 010 80 20 92 ou écrivez à [email protected].

Questions fréquentes

Peut-on installer une pompe à chaleur avec des radiateurs en fonte ?

Oui, si leur puissance suffit à la température de départ choisie. Les grands radiateurs en fonte offrent souvent une belle surface d'échange, mais comme tout radiateur, ils ne donnent qu'environ la moitié de leur puissance nominale en régime 55/45 °C. Le test des 55 °C et un calcul des déperditions pièce par pièce disent s'ils peuvent rester.

Quelle température de départ pour une pompe à chaleur avec radiateurs ?

Idéalement 45 à 50 °C par grand froid, 55 °C au maximum. Sur la fiche d'une PAC air-eau de 8 kW, le SCOP passe de 4,56 à 35 °C à 3,35 à 55 °C, soit environ 36 % d'électricité en plus pour la même chaleur. La prime PAC flamande exige d'ailleurs 55 °C maximum. Au-delà, l'hybride est souvent plus sensé.

Faut-il isoler sa maison avant d'installer une pompe à chaleur ?

C'est fortement conseillé. Bruxelles Environnement présente l'isolation comme un préalable : elle permet de chauffer à basse température avec une PAC moins puissante, donc moins chère. Commencez par la toiture, où les pertes sont les plus fortes, puis l'étanchéité à l'air et les fenêtres. Dimensionner la PAC avant ces travaux mène à un appareil trop gros.

Comment savoir si ma maison est prête pour une pompe à chaleur ?

Faites le test des 55 °C : par temps froid, limitez la température de départ de la chaudière à 55 °C, ouvrez toutes les vannes thermostatiques et limitez l'écart jour/nuit à 2 °C. Si toutes les pièces restent confortables, la maison est probablement compatible. Confirmez ensuite par un calcul des déperditions NBN EN 12831 réalisé par un professionnel.

Une pompe à chaleur hybride convient-elle à une maison ancienne ?

Oui, comme étape. Selon Energie+, une PAC couvrant environ 30 % de la puissance maximale assure environ 70 % des besoins annuels, la chaudière prenant les jours les plus froids. C'est utile si l'isolation se fera en plusieurs années ou si certains radiateurs ne peuvent pas être changés. Le plan flamand sur les PAC y voit une mesure de transition.

Quelle puissance de pompe à chaleur pour une maison de 150 m² des années 70 ?

Aucune règle au m² n'est fiable : Buildwise déconseille les tables en W/m². À titre d'illustration, une 4 façades de 150 m² peut perdre 14 à 16 kW avant travaux et 8 à 10 kW après isolation de la toiture, des murs creux et de l'étanchéité. La puissance doit sortir d'un calcul pièce par pièce, jamais de l'ancienne chaudière.

Sources

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